( …) Sans aller au-delà, sans chercher à ériger une philosophie quelconque, sans chercher à mettre en place une nouvelle théorie, « les Récalcitrant » démontrent qu’ils sont libres et nous montrent la voie, ne font qu’ouvrir une porte, nous proposant de parcourir avec eux les chemins ignorés qui mènent les œuvres à leur aboutissement. Libres de toutes contraintes, « bricoleurs de génie1 », ils travaillent sans relâche, c’est une nécessité : « le prolongement naturel de la respiration ». Ils ont probablement, chacun, leurs petites musiques en tête, travaillant encore dans le recul des ateliers jusqu’à ce que l’assemblage, la composition sonnent enfin. Jusqu’au point final, celui qui indique que l’œuvre est achevée. Ce point d’harmonie qui est leur propre nombre d’or.
Petra Werlé déclarait, il y a quelques temps ; « La vie est tellement triste que je fais ça [les sculptures en mie de pain vêtues des « fruits » sec de la nature] pour enchanter ma vie et si possible, bien sûr, celle des autres ».
Oui, ils enchantent nos vies.
Parce qu’avec ces soi-disant « petits riens », sculptures en os de Sabrina Gruss, bocaux de Muriel Belin, Personnages lancés à toute blinde de Gérard Cambon, et autres curieux qui émergent de leurs boîtes suspendues, ces fameuses « gueules de tarés de pauvres » de Denis Pouppeville, ne font que rire aux éclats de leurs conditions, la condition humaine dans sa réalité la plus pragmatique arrosée de toute la poésie que leurs regards captent au cœur de l’insignifiant. Ils rient de tout et d’eux-mêmes, de nous peut-être aussi. Ils ont des tronches pas possibles, l’air idiot, mais à chaque confrontation le spectateur se met à les aimer avec une infinie tendresse, celle probablement que les Récalcitrants éprouvent pour leurs petits mondes distincts. Par ailleurs, leurs regards nous sollicitent et nous invitent à entrer dans ces petits mondes où tout se déroule en vase clos.
Que dire ? On aime tellement toujours tout savoir autour d’une œuvre, son titre, ses dimensions, la technique. Les titres participent chez certains à la drôlerie, à accroître la fantaisie, mais tout cela n’est rien d’autre finalement que l’expression même de la vie.(…)